synopsis

OUVERTURE

”Pour m’impressionner, je m’aperçois que c’est très compliqué”. Cette phrase de Jean-Yves Laneurie est une clé du film. Beaucoup vont dans le même sens. Après ce qui leur est arrivé, de quoi pourraient-ils bien avoir peur, qui pourrait bien les impressionner ?

PREMIÈRE PARTIE – QUE LEUR EST-IL ARRIVÉ ?

”Je me souviens d’un monsieur qui m’a sortie du camp de Septfonds en me cachant et qui m’a emmenée à Moissac”. ”Quand je suis arrivée à Moissac j’ai pleuré pendant une semaine”. ”Je ne me souviens pas de mon arrivée, je ne sais plus rien de ma vie d’avant Moissac”. ”J’ai quitté le camp de Rivesaltes avec ma mère qui m’a amené dans une grande maison, je ne l’ai plus jamais revue”.

Ils avaient entre 2 et 10 ans, certains étaient déjà à Moissac pendant l’été 40, dans ce camp de vacances des Eclaireurs Israélites. Les responsables ont eu l’intuition de les garder là plutôt que de les renvoyer chez eux, à Paris pour le plus grand nombre. D’autres arriveront plus tard. Certains ne feront que passer, d’autres y resteront jusqu’en 1943, quand l’invasion de la zone sud oblige à cacher tous les juifs sous de fausses identités et de fausses origines.

Pour tous, c’est le même déchirement. Ils doivent quitter un foyer, une famille pour trouver la vie en collectivité. Les dortoirs, la cantine, les numéros sur les vêtements pour ne pas les perdre. Tous ces enfants connaissent le même désarroi, l’abandon, l’angoisse du groupe. Sauf les plus petits qui ne comprennent pas. Ou peut-être ne se rappellent-ils pas…

DEUXIÈME PARTIE – LA VIE À MOISSAC

”Le jeudi après-midi, nous nous cachions pour aller au cinéma, et parfois Bouli nous attendait à la sortie”, ” Nous sommes allés en pique-nique, Shatta avait fait le tour des fermes pour la nourriture, je ne sais pas comment elle faisait, nous ne manquions jamais de rien”, ”Les chouchou avaient de vrais pneus à leur vélo, nous on devait les bricoler avec des capsules de bière, faut dire que nous étions les garnements de la maison”, ”Il y avait les maisons d’enfants, et il y avait Moissac, ça n’avait rien à voir”.

Dans la maison du quai du Port, puis à l’hôtel du Moulin après 45, la vie s’installe comme dans une grande famille. Les bandes se créent, les flirts se lient sous l’œil attentif de Bouli. Lui et Shatta avaient décrété que ces enfants sans famille devaient avoir une enfance normale, et ils l’ont fait. Ils n’ont pas seulement assuré le gite, le couvert et les vêtements, ils ont assuré l’éducation de tous y compris sur le plan spirituel.

Le Moulin devient un lycée technique jusqu’en 1951, les professeurs sont des enseignants rayés des cadres par Vichy parce que juifs. On a là des normaliens, des polytechniciens, des ingénieurs, des universitaires. Les journées sont réglées par le programme issu du scoutisme, les célébrations juives sont les repères et les racines de ces adolescents.

TROISIÈME PARTIE – QUE SONT-ILS DEVENUS ?

”Moissac ne m’a absolument pas servi à choisir mon métier, mais j’y avais appris à travailler en équipe, et c’est cette expérience du collectif qui m’a permis de devenir directeur de recherches”, ”Je suis devenu styliste parce que je voulais avoir une belle décapotable, j’aurais pu faire n’importe quoi pour avoir cette voiture et à Moissac j’ai appris à ne pas avoir peur”, ”Je suis allée à Strasbourg pour être plus proche de mon Allemagne natale et comme on m’avait appris le secrétariat, je suis vite devenue indispensable auprès du patron”, ”Mes plus belles années sont celles que j’ai passé dans la publicité, et c’est ce que j’ai appris à Moissac qui m’a permis de faire ça”.

En 1951, les plus grands ont quitté le nid. Suite à la fermeture de la Maison, les plus jeunes sont répartis dans d’autres maisons d’enfants ou suivent Shatta et Bouli à Saint-Maximin dans l’Oise.

Qu’ils aient suivi les choix que Shatta avaient fait pour eux, qu’ils se soient rebellés ou qu’ils aient préféré ne pas attendre qu’elle décide pour eux, tous ont construit une carrière parfois prestigieuse, beaucoup ont fondé une famille, certains vivent une retraite paisible. 

Celles et ceux qui témoignent ici ont eu un destin extraordinaire, en ce sens que l’ordre des choses était qu’ils n’aient pas de destin du tout.

ENVOI

Quelques phrases replacent ces histoires dans la chronologie et la géographie.

La chanson de Barbara ”Perlimpinpin” interprétée par Manu Galure accompagne le générique.