note d’intention

Quand en 1951, les enfants juifs devenus adultes ont quitté Moissac, les Moissagais ont oublié, ou plutôt de la même façon qu’ils s’étaient tu pendant l’occupation de la France par les nazis, ils n’en ont pas parlé : sauver des enfants, c’est tellement normal. 

En 2013 et 2016, l’association Moissac ville de Justes oubliée avait organisé deux colloques au cours desquels, Estelle HEMMAMI et Jean-Luc BECQUAERT avaient rencontré certains de celles et ceux qui avaient survécu grâce à la Maison de Moissac. Ils avaient été particulièrement marqués par la volonté, la force qui émanaient de ces personnes. Presque toutes disaient qu’elles avaient été heureuses dans cette maison ; toutes ont eu un destin, parfois hors du commun. 

Parmi celles et ceux qui sont passés par la maison : Jean-Claude Grumberg, Max Wechsler, Henri Jouf, Simha Arom, Marcel Mangel (dit le Mime Marceau), Serge Klarsfeld, Sarah Kaufmann…

L’idée d’une exposition est née de là, comme une envie de rappeler que l’Homme est parfois capable du meilleur, de raconter que grâce au dévouement de certains et au silence d’autres 500 enfants ont pu se construire une vie. 

De l’exposition au film, le pas fut vite franchi. Les témoignages étonnants, émouvants, drôles, précis dessinaient d’eux-mêmes un scénario.  

Certains disaient ”vous venez un peu trop tard, beaucoup d’entre nous sont partis”. Mais le temps d’aujourd’hui est pourtant celui qui a le plus besoin de cette histoire. Ce film arrive au bon moment. Dans un climat de retour des fascismes, alors que les différences s’exacerbent, que le refus de l’autre semble à nouveau la norme et que tous les repères volent en éclats, il faut raconter que dans une petite ville de Tarn-et-Garonne, il y a 80 ans, des gens que tout opposait ont permis à des enfants de survivre, que ces enfants dont la plupart ignoraient où leurs parents avaient été assassinés se sont épanouis grâce aux préceptes de l’éducation populaire au point de trouver leur place dans le monde.

Dans ce monde dont on annonce la fin comme une catastrophe, il semblait crucial aux deux auteurs de raconter une histoire cruelle, injuste, heureuse et gaie. Qui donne envie d’espérer, à condition toutefois de forcer cet espoir. Une histoire qui finit bien à force de solidarité et d’amour.